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Remèdes de grand-mère pour vous soulager des Airbnbistes

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Article par Daniel Germain @ Les Affaires


On m’a posé la question: «Coudonc Germain, es-tu du côté d’Airbnb?» Je vais vous dire, si cela permet de louer à prix raisonnable un appartement à Monterosso avec une terrasse qui donne sur la Méditerranée, comment être contre? Je vous retourne la question.

L’autre côté, ce sont bien entendu les copropriétaires qui endurent les touristes: «Oui, mais quand c’est le Spring break dans ton immeuble tous les week-ends?»

Ah ben là, je ne peux pas vous dire. J’habite un quartier tranquille, et pas du tout touristique. Il n’y a rien à voir, sinon des enfants qui jouent au parc. Pas de quoi mériter une mention dans Lonely Planet.

Deux fois, des voisins ont échangé leur maison avec des touristes, dont une famille de Français qui déjeunait tous les matins avec des beignes Tim Hortons et qui ne buvait que du vin en boîtes Tetra pack. Ils voulaient «vivre l’expérience», disaient-ils. Quelle expérience! Il a fait un temps de chien durant tout leur séjour. Même les baleines n’ont pas daigné les saluer de la queue quand ils sont allés à Tadoussac. Ils étaient gentils, mais on sentait à la fin qu’ils avaient hâte de retourner chez eux. Ils sont repartis aussi discrètement qu’ils sont arrivés. Oui, c’était des Français.

Bref, je n’ai pas connu le Spring break à la maison, et il ne faut pas m’en vouloir. Il ne faut pas non plus se fâcher contre moi pour le peu d’empathie que j’ai démontrée pour les propriétaires occupants de la Tour des Canadiens, un immeuble, expliquai-je, dont la vocation n’est pas vraiment résidentielle.

Mais les pauvres, peuvent-ils faire quelque chose? À part vendre? Bien peu. J’ai discuté avec l’avocate Adèle Poirier qui se spécialise dans ce genre de questions. Quand le droit de location de courte durée est inscrit dans la destination de déclaration de copropriété, l’ADN, il y a peu de moyens pour interdire les Airbnbistes, confirme-t-elle. En revanche, dit l’avocate, des recours sont possibles pour réduire les effets du va-et-vient touristique.

Les copropriétaires ont la possibilité de proposer des règlements. Il suffit d’une majorité simple en assemblée de copropriétaires pour les faire adopter. Des règlements sur le bruit, notamment, mais surtout des «clauses pénales» peuvent atténuer la nuisance. Le syndicat se donnerait ainsi le pouvoir d’imposer des pénalités financières aux investisseurs dont les locataires contreviennent aux règlements. Ces investisseurs pourraient aussi être forcés à communiquer la liste des règlements à leurs clients. Et pourquoi ne pas la leur faire signer?

Et dans le cas où des copropriétaires investisseurs ignorent les avis et les amendes, le syndicat pourrait les mettre en demeure, puis les poursuivre dans les cas extrêmes.

Est-ce que ça peut changer l’ambiance dans une tour dont la moitié des unités sont louées à des touristes. Essayez-le. Vous m’en donnerez des nouvelles.

Un copropriétaire qui n’en peut plus peut aussi dénoncer son voisin hôtelier au ministère du Tourisme. Il faut en effet un permis pour mener ce genre d’activité. Cela aurait surtout pour effet d’embêter un peu le voisin, ce qui est une petite victoire en soi quand on est à bout. Mais comme on compte à peu près trois inspecteurs et demi au Québec pour faire appliquer les règles en la matière, c’est plutôt le plaignant qui risque d’être frustré par le processus.

On apprenait la semaine dernière que, sur 2244 demandes, 967 permis de location de courte durée avaient été délivrés par le ministère du Tourisme au cours des 12 derniers mois. Il y a plus de 19 000 hôtes québécois inscrits sur Airbnb, je vous rappelle. Comme quoi le problème, ce ne sont souvent pas les règles, mais les moyens déployés pour les appliquer.

Et si la vocation de l’immeuble était résidentielle? En effet, la grande majorité des immeubles de copropriété sont de destination résidentielle. Ma chronique de mardi abordait spécifiquement les tours du centre-ville, et non les projets plus modestes qu’on voit pousser en périphérie. Ici, c’est une autre chose.

Si ce n’est pas clairement indiqué dans la déclaration de copropriété, vous pouvez faire interdire la location de courte durée par règlement. Et vous pouvez ajouter des clauses pénales, envoyer des mises en demeure et poursuivre, à la limite.

Le syndicat doit se montrer intransigeant et ne rien tolérer. Il doit prendre les moyens de faire respecter ses règlements.

Bref, il doit faire au contraire du ministère du Tourisme.

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Crédit photo Les Affaires

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