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Faut il se préparer à dire adieu aux bas taux d’intérêts ?

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Daniel Germain – Les Affaires

On a beaucoup spéculé depuis 10 jours sur les conséquences de l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Il faudra du temps, plus que la durée du mandat du nouveau président, pour en prendre la mesure.

Mais deux mois avant qu’il ne s’installe au bureau ovale, le président élu fait déjà des vagues qui risquent de «splousher» sur nos finances personnelles. Ai-je dit Tsunami? Je me retiens de verser dans les hyperboles, la manière sobre d’évoquer désormais le personnage et ses idées. Mais ce ne sont pas non plus des vaguelettes.

Bien qu’on soit loin des scénarios catastrophiques évoqués par la SCHL cette semaine, le poids de Donald Trump ne se fait pas moins déjà sentir sur le marché hypothécaire. Pour rester dans la métaphore maritime, j’ai l’impression que les amarres usées qui nous accrochaient aux taux d’intérêt historiquement bas ont finalement cédé.

Au début de la semaine, la Banque Royale a annoncé qu’elle augmentait ses taux sur ses hypothèques fixes de cinq ans. Elle n’est pas la seule. Beaucoup de prêteurs ont discrètement haussé le taux consenti aux courtiers, m’a-t-on confirmé chez Multi-Prêts. Et la tendance pourrait se poursuivre au cours des prochaines semaines.

J’ai parlé à l’économiste en chef de l’Industrielle Alliance, Clément Gignac. Selon lui, il n’y a pas de doute, l’élection du magnat de l’immobilier à la tête des États-Unis a eu un effet immédiat sur la dynamique des taux d’intérêt, par conséquent sur le coût des hypothèques.

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Le programme économique (baisses d’impôt, investissements) de Donald Trump, s’il se concrétise, se traduira par l’injection de milliers de milliards de dollars dans une économie déjà à un cheveu du plein emploi. Conjuguée aux ambitions protectionnistes du prochain président américain, cette injection de capitaux pourrait réveiller des forces inflationnistes.

En réaction, la banque centrale américaine pourrait être tentée de monter davantage son taux directeur au cours des prochains mois. Le marché semble déjà l’anticiper, le taux d’intérêt sur les obligations de trois à cinq ans ont monté de 30 points de base à la suite de l’élection américaine, note l’économiste. «Les taux obligataires ont monté partout», dit-il.

Les prêteurs se financent en partie sur le marché obligataire pour accorder des prêts à leur tour. Mais aussi, si vous me permettez cette digression technique, beaucoup de prêteurs revendent leur portefeuille de prêts sur les marchés financiers. Ils subdivisent leur portefeuille en morceaux, qu’ils transforment en nouveaux titres financiers (ce qu’on appelle la titrisation) qu’ils refilent ensuite à de gros investisseurs institutionnels. Cette opération leur permet de recueillir de l’argent frais qu’il pourront de nouveau offrir sous forme d’hypothèques. Forcément, quand les taux obligataires augmentent, les rendements des hypothèques titrisés doivent remonter pour être concurrentiels sur les marchés financiers. Et pour ça, il faut remonter les taux hypothécaires.

Vous me suivez?

Je m’efforce autant que possible de vous épargner ce genre d’explications ennuyeuses, et pour être honnête, l’ingénierie financière, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Retenons simplement que les conditions sont réunies pour que les taux hypothécaires, après avoir touché le fond et s’y être accrochés un bon moment, se remettent à monter.

(Parlant de rester accroché au fond, j’ai soudainement une pensée pour les Toronto wobbler que j’ai abandonnées dans le lac Gorgotton – évocation halieutique pour un public niché. Désolé).

C’est le ministre des Finances qui doit être content! Depuis le temps qu’il prie pour que les taux montent un peu, question de calmer le marché de l’immobilier. D’ailleurs, on parle beaucoup de Trump en ce moment, mais Ottawa n’est pas étranger aux hausses des taux hypothécaires.

Il y a quelques semaines, le gouvernement a annoncé de nouvelles règles de qualification pour les hypothèques à taux fixe de 5 ans. Celles-ci ont réduit considérablement les montants des prêts pour lesquels pouvaient se qualifier les acheteurs, particulièrement ceux qui convoitaient une première maison. On en a moins parlé, mais Ottawa a également prévenu à cette occasion que les prêteurs devront désormais assumer une part de risque pour les prêts assurés.

Le ministère des Finances n’en a pas dit davantage, mais il a annoncé une forme de grande consultation avec l’industrie pour trouver une façon de déplacer une part du risque financier qui pèse sur la SHCL et les deux autres assureurs (Genworth et Canada Garanty) vers les institutions prêteuses. On en saura plus au cours des prochains mois, mais inutile de vous dire que la question préoccupe bien du monde dans les hautes sphères du milieu hypothécaire.

Si les banques doivent prendre plus de risque en accordant leurs prêts, cela va se refléter dans les taux hypothécaires, qui vont monter.

On ne peut jurer de rien, mais qui dit que les taux ne monteront pas au cours des prochaines années pour ne plus jamais revenir, ou avant longtemps, au niveau qu’on a connu ces dernières années.

«Mon garçon, dans l’temps, ton grand-père a pêché un taux hypothécaire P’TIIIIT de même! »

«J’te crois paaaaaas!»

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